L’île de La Réunion constitue un laboratoire vivant de biodiversité, où se concentrent des écosystèmes uniques façonnés par trois millions d’années d’isolement océanique. Cette terre volcanique abrite plus de 30% d’espèces endémiques parmi sa flore, un taux d’endémisme qui place l’archipel parmi les 34 hotspots mondiaux de biodiversité. Pourtant, la surfréquentation touristique menace désormais ce patrimoine naturel exceptionnel. En 2019, avant la crise sanitaire, l’île accueillait 534 000 visiteurs extérieurs, auxquels s’ajoutent les 860 000 habitants locaux pratiquant intensivement les activités de nature. Cette pression anthropique croissante exige l’adoption de pratiques rigoureuses pour préserver les milieux naturels fragiles. Explorer sans dégrader devient ainsi l’impératif de tout visiteur respectueux de ce joyau de l’océan Indien.

Écosystèmes fragiles de la réunion : comprendre la biodiversité endémique pour mieux la protéger

La compréhension des mécanismes écologiques qui régissent les milieux naturels réunionnais constitue le préalable indispensable à toute démarche de conservation. L’île présente une mosaïque d’habitats étagés depuis le niveau de la mer jusqu’aux sommets culminant à plus de 3000 mètres, générant une diversité biologique remarquable sur un territoire restreint de 2512 km². Cette concentration exceptionnelle s’accompagne d’une vulnérabilité accrue face aux perturbations extérieures.

Forêt de Bébour-Bélouve et ses espèces endémiques menacées

La forêt primaire de Bébour-Bélouve représente l’un des derniers sanctuaires de biodiversité originelle à La Réunion. Située entre 1300 et 2000 mètres d’altitude, elle abrite des formations végétales hygrophiles dominées par les Acacia heterophylla (tamarin des Hauts) et les fougères arborescentes du genre Cyathea. Ces écosystèmes forestiers abritent 65% des espèces d’oiseaux forestiers endémiques de l’île, dont le tec-tec (Saxicola tectes) et l’oiseau-lunettes gris (Zosterops borbonicus). La fréquentation humaine intensive sur les sentiers balisés provoque un phénomène de tassement des sols qui réduit leur capacité de rétention hydrique de 30% en bordure immédiate des chemins. Cette compaction perturbe la régénération naturelle des espèces végétales pionnières et facilite l’implantation d’espèces invasives comme le Rubus alceifolius (vigne marronne). Les randonneurs doivent impérativement rester sur les sentiers tracés pour limiter cette dégradation progressive des sous-bois. L’observation des oiseaux endémiques nécessite également des précautions particulières, notamment pendant la période de nidification de septembre à janvier, où toute approche trop rapprochée peut entraîner l’abandon des couvées.

Récifs coralliens de l’ermitage et Saint-Leu face au piétinement

Le complexe récifal de la côte ouest s’étend sur 25 kilomètres et constitue le plus grand ensemble corallien de l’île. Ces formations coralliennes, inscrites en Réserve Naturelle Marine depuis 2007, subissent une pression de fréquentation estimée à plus de

1 million d’usagers par an. Le piétinement répété fragilise mécaniquement les colonies de coraux constructeurs (Acropora, Porites), déjà soumises au réchauffement de l’océan Indien et aux épisodes de blanchissement. Chaque contact avec un pied, un genou ou une palme peut tuer des polypes qui mettront plusieurs années à se reconstituer. Pour explorer le lagon de l’Ermitage ou de Saint-Leu sans l’abîmer, il est indispensable de nager en gardant les pieds en flottaison, d’utiliser des chaussons de récif uniquement sur le sable, et de ne jamais poser pied ou main sur les patates de corail. Les crèmes solaires classiques, riches en filtres chimiques, aggravent également le stress des récifs : privilégiez des protections minérales labellisées « reef safe » ou des lycras anti-UV.

Tuit-tuit et pétrel de barau : espèces emblématiques en danger critique

Certains oiseaux réunionnais, comme le tuit-tuit (Coracina newtoni) et le Pétrel de Barau (Pterodroma baraui), incarnent la fragilité extrême de la biodiversité insulaire. Le tuit-tuit, endémique de la forêt de bois de couleurs des Hauts de Saint-Denis et de la Roche Écrite, ne compte plus que quelques dizaines de couples nicheurs, principalement menacés par la prédation des rats et chats errants. Le Pétrel de Barau, oiseau marin nichant au-dessus de 2000 mètres sur les pentes du Piton des Neiges, voit chaque année des centaines de jeunes individus s’écraser sur les routes littorales, désorientés par l’éclairage nocturne. En tant que visiteur, limiter l’éclairage des gîtes, signaler tout oiseau échoué aux associations spécialisées (SEOR, Parc national) et respecter les zones de quiétude en période de reproduction contribue directement à la survie de ces espèces. Une simple vigilance sur un sentier ou en voiture peut faire la différence entre la vie et la mort pour ces oiseaux.

Zones humides de l’étang du gol et pollution anthropique

Les zones humides littorales, comme l’Étang du Gol à Saint-Louis, jouent un rôle de « reins » du territoire : elles filtrent naturellement les eaux, amortissent les crues et abritent une grande diversité d’oiseaux d’eau et d’invertébrés. Pourtant, ces milieux sont soumis à de multiples pressions anthropiques : ruissellements chargés de pesticides issus des cultures de canne, rejets d’eaux usées mal traitées, dépôts sauvages de déchets ou encore dérangement fréquent de la faune par les loisirs motorisés. La qualité physico-chimique de l’eau y est régulièrement dégradée, avec des pics de nitrates et de matières en suspension après les fortes pluies. Pour profiter de ces paysages de nature sans les dégrader, il convient de rester sur les sentiers d’observation balisés, de ne jamais nourrir les oiseaux (ce qui perturbe leurs comportements naturels) et de bannir toute baignade ou activité nautique non autorisée. Ces zones humides sont d’autant plus précieuses qu’elles figurent parmi les rares témoins des paysages littoraux d’antan, largement urbanisés ailleurs sur l’île.

Pratiques de randonnée à impact minimal dans les cirques et massifs montagneux

Les reliefs spectaculaires de La Réunion – cirques, remparts, pitons et cratères – concentrent l’essentiel des flux de randonneurs. Cette fréquentation, si elle n’est pas encadrée, peut transformer des sentiers ancestraux en véritables ravines d’érosion et banaliser des paysages parmi les plus remarquables de l’océan Indien. Adopter des pratiques de randonnée à impact minimal ne signifie pas renoncer à l’aventure, mais au contraire garantir que les générations futures pourront encore arpenter Mafate, Cilaos ou le Piton de la Fournaise dans un état proche de celui que nous connaissons aujourd’hui. Comment concilier plaisir de la marche et préservation des milieux volcaniques fragiles ? Les principes internationaux « Leave No Trace » offrent un cadre opérationnel particulièrement adapté au contexte réunionnais.

Principes leave no trace appliqués au sentier du piton des neiges

Le sentier du Piton des Neiges, au départ de Cilaos ou de la Plaine des Cafres, concentre chaque année plusieurs dizaines de milliers de passages. Sur ce type d’itinéraire emblématique, appliquer les sept principes « Leave No Trace » n’est pas un luxe, mais une nécessité. Préparer sa sortie (météo, tracé, réglementations) permet d’éviter les détours hors sentier qui créent rapidement des réseaux de traces parallèles, élargissant les couloirs d’érosion. Marcher en file indienne dans l’axe du sentier, même si la boue est présente, évite la création de « contournements » qui dégradent les flancs de talus et détruisent la végétation de bordure.

Sur les zones sommitale et sous le gîte, la tentation est grande de sortir du chemin cairné pour trouver un point de vue ou un « spot photo » isolé. Pourtant, chaque passage hors trace arrache les mousses et lichens colonisant les scories volcaniques, des organismes qui se développent sur plusieurs années dans ces conditions extrêmes. Il est également essentiel de gérer ses pauses repas en veillant à ne laisser aucune miette ni déchet, y compris biodégradable : une peau de banane ou un trognon de pomme attire les rats, dont la prolifération met en péril les oiseaux nicheurs de haute altitude. Enfin, le silence et la sobriété lumineuse au bivouac (frontales orientées vers le sol, pas de musique amplifiée) préservent la quiétude de la faune nocturne.

Gestion des déchets organiques sur le GR R2 et boucles de mafate

Les grands itinéraires comme le GR R2 ou les boucles de Mafate traversent des milieux où toute intervention de nettoyage mécanique est complexe, voire impossible. Dans ces espaces isolés, la gestion des déchets organiques devient un enjeu majeur. Contrairement à une idée reçue tenace, « tout ce qui est biodégradable » ne peut pas être abandonné dans la nature : agrumes, peaux de banane ou restes de riz modifient localement la composition des sols et nourrissent rats, chats errants et même porcs marrons. Une meilleure pratique consiste à emporter un petit sac étanche dédié aux biodéchets, à redescendre l’ensemble en vallée et à les déposer dans une filière de compostage ou de collecte adaptée.

Pour les déjections humaines, l’impact peut être considérable le long des sentiers très fréquentés. Sur le GR R2 et dans Mafate, il est recommandé, lorsque aucun sanitaire n’est disponible, d’adopter la technique dite du « trou de chat » : creuser un trou d’environ 15 à 20 cm de profondeur à plus de 60 mètres de tout cours d’eau, y déposer les déjections, recouvrir soigneusement et emporter systématiquement le papier hygiénique dans un sac prévu à cet effet. Cette pratique, déjà largement répandue dans les parcs nationaux du monde entier, permet de limiter la contamination microbiologique des sols et des sources d’eau, tout en préservant l’esthétique des lieux de bivouac.

Techniques de progression sur sols volcaniques au piton de la fournaise

Les paysages lunaires du Piton de la Fournaise donnent parfois l’illusion d’un milieu minéral « indestructible ». En réalité, les scories, cendres et lapillis qui composent la Plaine des Sables et l’Enclos Fouqué sont extrêmement sensibles au piétinement répété. Une trace improvisée sur un cône de scories peut s’y inscrire pour des décennies, transformant un relief finement modelé par les vents en un talweg artificiel qui concentrera les eaux de ruissellement lors des pluies. Pour progresser sans dégrader ce patrimoine géomorphologique, il est essentiel de suivre strictement le balisage (piquets blancs) et de ne jamais couper les lacets, même si la pente semble plus courte hors trace.

Sur les coulées de lave récentes, les blocs acérés et instables exigent une attention particulière. Une bonne technique consiste à répartir son poids sur l’ensemble de la plante du pied, en évitant les appuis ponctuels sur les arêtes qui peuvent se fracturer et rouler vers l’aval. L’utilisation de bâtons de randonnée permet de stabiliser la progression et de limiter les chutes, sources de chocs involontaires sur les parois fragiles des tunnels de lave sous-jacents. À l’échelle de l’île, cette prudence contribue à préserver non seulement les reliefs visibles, mais aussi les cavités souterraines, véritables archives de l’histoire éruptive du volcan.

Camping sauvage réglementé dans le cirque de cilaos

Le Cirque de Cilaos, plus accessible que Mafate, attire un nombre croissant de campeurs en quête d’authenticité. Cependant, le camping sauvage y est strictement encadré par les documents d’urbanisme communaux et par la réglementation du Parc national. Installer sa tente au bord d’un bras de rivière ou sur une prairie apparemment libre peut entraîner une dégradation irréversible de zones de reproduction d’espèces sensibles ou de parcelles agricoles. Avant tout bivouac, il est donc indispensable de se renseigner auprès de l’office de tourisme ou de la mairie sur les emplacements autorisés, souvent situés à proximité des gîtes ou de sites déjà aménagés.

Sur ces aires tolérées, appliquer quelques règles simples permet de réduire significativement son empreinte : monter sa tente sur des surfaces déjà compactées plutôt que sur une végétation intacte, éviter tout feu à même le sol (les feux sont d’ailleurs généralement interdits), limiter l’éclairage nocturne et disperser les groupes pour ne pas transformer un site de bivouac en camping informel permanent. En somme, plus votre campement reste discret, plus le paysage retrouve sa naturalité dès votre départ, comme si vous n’aviez jamais été là.

Observation responsable de la faune marine sur le littoral ouest réunionnais

La façade ouest de La Réunion, de Saint-Paul à Saint-Leu, constitue la principale zone d’observation des baleines à bosse, dauphins et tortues marines. Cette attractivité a donné naissance à un important tissu de prestataires nautiques, avec parfois des dérives : poursuites insistantes, approches trop rapprochées, regroupement de plusieurs bateaux sur le même groupe d’animaux. Or, pour ces grands migrateurs, chaque dérangement répété représente une dépense énergétique supplémentaire qui peut compromettre la reproduction ou la mise bas. Observer la faune marine sans la déranger suppose de respecter des distances, des vitesses et des durées d’approche très codifiées, que chaque visiteur devrait connaître avant de monter à bord.

Distances réglementaires d’approche des baleines à bosse à Saint-Gilles

La Réunion s’est dotée d’une charte spécifique d’approche des cétacés, complétée par un arrêté préfectoral fixant des distances minimales d’observation. Pour les baleines à bosse, la distance de prudence est généralement fixée à 300 mètres, avec une zone d’approche « contrôlée » autour de 100 mètres réservée aux navires adoptant une vitesse réduite (inférieure à 5 nœuds) et une trajectoire parallèle. L’interdiction de couper la route des animaux ou de les encercler par plusieurs embarcations répond à une logique simple : leur laisser le choix de s’approcher ou de s’éloigner. De nuit, toute approche est proscrite afin de préserver les phases de repos.

En tant que client, vous pouvez jouer un rôle déterminant en choisissant des opérateurs labellisés ou signataires de cette charte, et en n’hésitant pas à questionner l’équipage sur les bonnes pratiques d’observation. Un capitaine qui refuse de s’approcher d’une baleine avec un baleineau au-delà des distances autorisées protège à la fois les animaux… et l’expérience de tous sur le long terme. Rappelons que l’objectif n’est pas de « consommer » de la baleine en gros plan, mais de vivre une rencontre respectueuse, même si celle-ci se fait à distance.

Snorkeling sans perturber les tortues vertes à boucan canot

Les tortues vertes (Chelonia mydas) fréquentent régulièrement les zones récifales de Boucan Canot, de l’Ermitage et de Saint-Leu pour s’alimenter ou se reposer. Leur allure placide et leur relative tolérance à la présence humaine incitent souvent les baigneurs à les suivre de près, voire à tenter de les toucher. Or, chaque contact, chaque poursuite insistante augmente leur stress, les oblige à dépenser une énergie précieuse et peut les inciter à abandonner une zone d’alimentation de qualité. Une règle simple s’impose : laisser une distance minimale de deux longueurs de bras, rester parallèle à leur trajectoire et éviter de leur couper la route.

Pour un snorkeling réellement respectueux, il convient également de maîtriser sa flottabilité afin de ne pas heurter les tortues lors des changements de profondeur. L’utilisation de gilets de flottaison ou de planches de nage peut faciliter cette gestion, notamment pour les enfants. Enfin, ne jamais nourrir les tortues ni les poissons du lagon permet de préserver les chaînes alimentaires naturelles : une tortue habituée à recevoir de la nourriture des humains modifie son comportement, devient plus vulnérable aux engins nautiques et participe malgré elle au dérèglement de tout l’écosystème récifal.

Charte d’observation des dauphins long-bec dans la réserve naturelle marine

Les dauphins long-bec (Stenella longirostris) sont régulièrement observés au large de Saint-Gilles et dans le périmètre de la Réserve Naturelle Marine. Leur comportement social, marqué par les sauts et les jeux de surface, les rend particulièrement attractifs pour les sorties en mer. Pour éviter que ces moments d’observation ne se transforment en harcèlement, une charte d’observation impose des règles strictes : limitation du nombre de bateaux simultanés autour d’un groupe, temps de présence plafonné (souvent à 30 minutes), évitement des zones de repos matinal identifiées par les gestionnaires de la réserve.

Plusieurs opérateurs ont également renoncé aux mises à l’eau systématiques avec les dauphins, privilégiant des observations depuis le bateau afin de réduire l’intrusion dans leur espace vital. En tant que visiteur, accepter de rester à bord plutôt que d’exiger une « nage avec les dauphins » relève d’un véritable choix éthique. Cette posture responsable contribue à maintenir des comportements naturels, gage de rencontres authentiques et durables, plutôt que de transformer les groupes de dauphins en attraction de parc marin à ciel ouvert.

Tourisme durable certifié : labels et initiatives locales à privilégier

Face aux défis écologiques et paysagers de La Réunion, un nombre croissant d’acteurs touristiques s’engagent dans des démarches de certification environnementale. Pour le visiteur, ces labels constituent des repères concrets pour orienter ses choix d’hébergement, de restauration ou d’activités de pleine nature. Privilégier ces initiatives, c’est envoyer un signal économique fort : celui d’une demande de tourisme réunionnais plus durable, attentif aux paysages, à la biodiversité et aux communautés locales.

Hébergements clef verte et écolabel européen à la réunion

Sur l’île, plusieurs hôtels, résidences de tourisme et chambres d’hôtes arborent des labels environnementaux reconnus comme la Clef Verte ou l’Écolabel Européen. Ces distinctions ne se limitent pas à quelques gestes symboliques : elles exigent une réduction mesurable des consommations d’eau et d’énergie, une gestion rigoureuse des déchets, l’utilisation de produits d’entretien écolabellisés et la valorisation de la biodiversité locale dans les espaces verts. Concrètement, cela se traduit par des récupérateurs d’eau de pluie pour l’arrosage, des chauffe-eau solaires, des ampoules LED généralisées ou encore des jardins plantés en espèces indigènes plutôt qu’en essences exotiques gourmandes en eau.

En tant que voyageur, prendre le temps de rechercher ces hébergements engagés, même si leur tarif est légèrement supérieur, revient à soutenir des investissements lourds réalisés par des structures souvent familiales. De plus, ces établissements sont généralement de précieux relais d’information sur les bonnes pratiques à adopter sur le territoire : ils mettent à disposition des fiches sur la Réserve Marine, le Parc national ou les espèces invasives, et orientent leurs clients vers des prestataires d’activités responsables. À l’échelle d’un séjour, ce type de choix contribue à réduire significativement votre empreinte écologique globale.

Guides accompagnateurs certifiés parc national de la réunion

Le Parc national de La Réunion délivre une habilitation spécifique à des guides accompagnateurs, après vérification de leurs compétences naturalistes, de leur connaissance de la réglementation et de leur capacité à encadrer des groupes en sécurité. Faire appel à ces professionnels, c’est bénéficier d’une lecture fine des paysages (géologie, flore, faune, histoire humaine) tout en ayant la garantie que la sortie respecte les zonages de protection et les périodes sensibles pour la faune. Sur un sentier très fréquenté comme celui de la Roche Écrite, un guide formé saura par exemple adapter les pauses pour éviter les zones de nidification du tuit-tuit.

Au-delà de l’apport pédagogique, ces guides jouent un rôle de médiateurs entre les visiteurs et les habitants des Hauts. Ils favorisent les rencontres avec les agriculteurs, les artisans ou les gérants de gîtes, participant ainsi à une meilleure répartition des retombées économiques du tourisme nature. En choisissant un accompagnateur certifié, vous soutenez un réseau de professionnels investis dans la défense du patrimoine naturel réunionnais, plutôt qu’une offre non encadrée qui peut, même involontairement, porter atteinte aux milieux les plus fragiles.

Restaurants valorisant circuits courts et produits lontan

La gastronomie réunionnaise, métissée et généreuse, peut devenir un puissant levier de tourisme durable lorsqu’elle valorise les productions locales et les « produits lontan ». De nombreux restaurants et tables d’hôtes s’approvisionnent désormais en légumes pays, fruits de saison, poissons issus de la petite pêche côtière et viandes produites dans l’île, réduisant ainsi les émissions liées au transport et soutenant l’économie agricole locale. Opter pour un cari préparé avec des brèdes ou du chou de Chine cultivés dans les Hauts, plutôt qu’avec des légumes importés, a un impact direct sur l’empreinte carbone de votre assiette.

Certains établissements vont plus loin en affichant l’origine de leurs produits, en supprimant les espèces de poissons menacées de leurs cartes ou en limitant le gaspillage alimentaire via des portions adaptées et la valorisation des restes. Pour le visiteur, poser quelques questions simples (« D’où viennent vos légumes ? », « Travaillez-vous avec des pêcheurs locaux ? ») permet de distinguer les démarches sincères des effets d’annonce. En privilégiant ces adresses, vous contribuez à maintenir des paysages agricoles vivants, indispensables à la fois à la biodiversité et à l’identité visuelle de l’île.

Agences éco-certifiées pour canyoning et activités nautiques

Les activités de pleine nature – canyoning, rafting, spéléologie en tunnels de lave, sorties lagon – peuvent générer des impacts significatifs lorsqu’elles sont mal encadrées : piétinement des berges, dégradation des ancrages, perturbation de la faune aquatique, déchets oubliés dans les vasques. Plusieurs agences réunionnaises ont choisi de s’engager dans des démarches éco-certifiées, intégrant des chartes environnementales et des formations régulières de leurs encadrants. Cela se traduit par des groupes de taille limitée, des itinéraires adaptés à la capacité de charge des sites et des briefings systématiques sur les comportements à adopter.

Lorsque vous réservez une descente de canyon dans la rivière Langevin ou une exploration de tunnels de lave dans le Grand Brûlé, vérifier l’engagement environnemental de l’agence est un réflexe à adopter. Privilégiez celles qui évitent les sites saturés aux heures de pointe, qui récupèrent systématiquement les déchets générés par le groupe, et qui participent ponctuellement à des journées de nettoyage ou de restauration écologique. Là encore, chaque choix individuel oriente l’offre globale vers plus de responsabilité.

Lutte contre les espèces exotiques envahissantes lors des excursions

Les espèces exotiques envahissantes représentent aujourd’hui l’une des principales menaces pesant sur les milieux naturels réunionnais. Introduites volontairement (ornementales, fruitières, fourragères) ou accidentellement, elles colonisent ravines, forêts, coulées de lave et jardins, au détriment des espèces indigènes. Si les programmes institutionnels (POLI, Stratégie réunionnaise pour la biodiversité) coordonnent des actions à grande échelle, chaque randonneur peut, à son niveau, limiter la dispersion de ces plantes et participer à des initiatives citoyennes de lutte. Un simple geste au départ d’une randonnée peut éviter de transporter des graines de vigne marronne d’un massif à l’autre.

Protocole de nettoyage des chaussures contre la propagation du raisin marron

Le raisin marron (Rubus alceifolius), liane épineuse originaire d’Asie, forme des fourrés impénétrables qui étouffent la régénération forestière dans de nombreux secteurs des Hauts. Ses graines, très petites, peuvent se loger dans les semelles crantées des chaussures, dans les lacets ou dans la boue accrochée aux bâtons. Pour limiter sa diffusion d’un site à un autre, il est recommandé d’adopter un protocole simple de nettoyage avant et après chaque randonnée : brosser vigoureusement les semelles, retirer la terre accumulée dans les crampons et, si possible, rincer les chaussures dans un point d’eau prévu à cet effet au niveau des parkings aménagés.

Cette routine, déjà largement répandue en Nouvelle-Zélande ou à Hawaii, gagnerait à devenir un réflexe sur l’île intense. Vous changez de massif entre la Roche Écrite et le Maïdo ? Entre Bélouve et la Plaine des Sables ? Quelques minutes passées à nettoyer votre équipement réduisent considérablement les risques de dissémination de graines d’espèces invasives, non seulement de raisin marron mais aussi de longose ou de galabert (Lantana camara). À l’échelle de milliers de randonneurs par an, cet effort individuel se traduit par un gain collectif majeur pour la conservation.

Identification du longose et du goyavier-fraise en milieu naturel

Reconnaître les principales espèces invasives rencontrées en randonnée permet d’affiner son regard sur les paysages et d’adapter ses comportements. Le longose (Hedychium gardnerianum), par exemple, est une grande plante herbacée aux fleurs jaunes et rouges très odorantes, qui colonise rapidement les sous-bois humides de moyenne altitude. Ses rhizomes denses forment un tapis continu qui empêche les jeunes plants d’espèces indigènes de s’installer. Le goyavier-fraise (Psidium cattleianum), quant à lui, se reconnaît à ses petits fruits rouges sucrés et à ses feuilles coriaces ; il constitue l’un des fourrés secondaires les plus étendus, tant sur la côte au vent que sous le vent.

En milieu naturel, éviter de consommer et surtout de recracher les graines de ces fruits le long des sentiers limite leur propagation. De même, ne jamais prélever de plants ou de boutures de ces espèces pour les ramener au jardin domestique est une précaution élémentaire. À l’inverse, orienter ses plantations ornementales vers des espèces indigènes ou non invasives – en se renseignant auprès du Conservatoire botanique ou des pépinières engagées – contribue à diminuer la pression d’introduction de nouvelles espèces problématiques.

Actions citoyennes d’arrachage du bois de joli cœur dans les sentiers

Au-delà des gestes préventifs, des actions citoyennes d’arrachage ciblé complètent les interventions des gestionnaires publics et associatifs. Sur certains secteurs pilotes, des opérations participatives sont organisées pour l’élimination manuelle d’espèces exotiques envahissantes comme le bois de joli cœur (Pittosporum undulatum) ou le jamrosa (Syzygium jambos). Encadrées par des techniciens et des écologues, ces journées permettent de traiter des surfaces modestes mais stratégiques, souvent situées en lisière de forêts indigènes encore bien conservées.

Pour le randonneur, rejoindre ponctuellement ce type d’opération offre une autre manière de « pratiquer » la montagne réunionnaise : au lieu de seulement la contempler, on participe activement à sa restauration. Ces actions sont également des moments d’échanges privilégiés avec les habitants, les scientifiques et les gestionnaires, qui partagent leurs connaissances sur l’histoire écologique des sites. Elles rappellent que la préservation des paysages de nature n’est pas uniquement l’affaire des institutions, mais bien un projet collectif.

Gestion des ressources en eau douce dans les zones de baignade naturelle

Rivières, bassins et cascades constituent l’un des principaux attraits de La Réunion pour les habitants comme pour les visiteurs. Bassin La Paix, Bassin La Mer, Langevin, Takamaka, Trou de Fer ou Bras Rouge : ces sites emblématiques combinent fraîcheur, beauté paysagère et accessibilité. Mais cette popularité s’accompagne de risques sanitaires (pollution microbiologique, accidents) et écologiques (piétinement des berges, déchets, lessivage de produits chimiques). Apprendre à se baigner de manière responsable dans ces eaux vives, c’est prolonger la qualité de ces paysages de nature tout en protégeant sa propre santé.

Bassin la paix et bassin la mer : préserver la qualité microbiologique

Situés sur la rivière des Roches, Bassin La Paix et Bassin La Mer accueillent chaque week-end des centaines de baigneurs, pêcheurs et pique-niqueurs. La qualité microbiologique de l’eau y est étroitement liée aux pratiques des usagers en amont et sur les berges. Les rejets d’eaux grises (vaisselle, lessive), les déjections humaines ou animales, ainsi que les dépôts de déchets en bord de cours d’eau augmentent les concentrations en bactéries et en matières organiques, avec à la clé des risques accrus de gastro-entérites, mycoses ou infections cutanées.

Pour profiter de ces sites en minimisant les impacts, il est recommandé de se renseigner sur les éventuelles interdictions temporaires de baignade émises par les autorités (après de fortes pluies notamment), de ne jamais utiliser de savon ou de détergent dans la rivière, même « biodégradable », et d’emporter systématiquement ses déchets, y compris les mégots et les restes alimentaires. Installer son pique-nique à distance immédiate de l’eau, sur des aires déjà compactées, réduit également le ruissellement direct de graisses et de débris vers le bassin. Ces petites attentions contribuent à maintenir une eau de bonne qualité pour tous.

Produits chimiques interdits dans les cascades de takamaka

La vallée de Takamaka, l’une des plus arrosées de l’île, alimente d’importants ouvrages hydroélectriques tout en abritant des habitats aquatiques remarquables. L’introduction de produits chimiques dans ses eaux – qu’il s’agisse de shampoings, d’écrans solaires, de répulsifs ou de lessives – a des effets cumulés sur la microfaune, les invertébrés et les poissons. C’est pourquoi l’usage de tout produit de lavage dans les cascades et vasques naturelles y est strictement déconseillé, voire explicitement interdit par la réglementation sur la protection des captages.

Si vous prévoyez une randonnée aquatique ou une sortie canyoning dans ce secteur, il est préférable d’appliquer vos protections solaires bien en amont de la mise à l’eau, en optant pour des formulations minérales sans nanoparticules et sans filtres chimiques controversés. De même, privilégiez des vêtements longs (lycras, pantalons légers) pour limiter la quantité de crème nécessaire. En fin de journée, la douche savonneuse doit idéalement être prise dans votre hébergement, relié à un système d’assainissement, et non dans le cours d’eau lui-même. Ainsi, l’eau de Takamaka reste ce qu’elle devrait toujours être : l’une des plus pures de l’île.

Fréquentation régulée au trou de fer et bassin des aigrettes

Le Trou de Fer, accessible depuis la forêt de Bélouve, et le Bassin des Aigrettes, sur les hauteurs de Saint-Gilles, illustrent les limites physiques de certains sites face à la surfréquentation. Au Trou de Fer, l’ONF et le Parc national ont été amenés à renforcer le balisage, à aménager des platelages et à réguler ponctuellement l’accès à la suite de dégradations du sentier (érosion, embourbements, déracinement de végétation). Au Bassin des Aigrettes, des arrêtés d’interdiction ont été pris à plusieurs reprises pour raisons de sécurité et de préservation du milieu.

Face à ces restrictions, il peut être tentant de contourner les barrières ou de suivre des traces parallèles, en se disant que « ce n’est qu’un passage ». Pourtant, chaque franchissement illicite fragilise la crédibilité des mesures de protection et accroît les risques pour tous. Accepter de renoncer temporairement à un site saturé ou réglementé, et se tourner vers des alternatives moins fréquentées mais tout aussi belles, fait pleinement partie d’une démarche d’exploration responsable de la nature réunionnaise. Au fond, n’est-ce pas aussi l’occasion de découvrir des paysages moins connus, à l’écart des cartes postales, et d’enrichir ainsi votre expérience de l’île ?